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empty (intriguedbitch) wrote,
@ 2006-11-20 11:10:00
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    Remember this when get home
    This version of La Belle Dame was written in the fourteenth century by Alain Chartier. I'm working on an English translation, so if anyone has one I'd appricate it!!

    Naguère, chevauchant, pensaie
    Comme homme triste et douloureux,
    Au deuil où il faut que je soie
    Le plus dolent des amoureux,
    Puisque, par son dard rigoureux,
    La mort me tollit ma maîtresse
    Et me laissa seul, langoureux
    En la conduite de Tristesse.

    Si disais: "Il faut que je cesse
    De dicter et de rimoyer,
    Et que j'abandonne et délaisse
    Le rire pour le larmoyer.
    Là me faut le temps employer,
    Car plus n'ai sentiment ni aise,
    Soit d'écrire, soit d'envoyer
    Chose qu'à moi ni autre plaise.

    Qui voudrait mon vouloir contraindre
    À joyeuses choses écrire,
    Ma plume n'y saurait atteindre,
    Non ferait ma langue à les dire.
    Je n'ai bouche qui puisse rire
    Que les yeux ne la démentissent,
    Car le coeur l'envoirait dédire
    Par les larmes qui des yeux issent.

    Je laisse aux amoureux malades
    Qui ont espoir d'allégement
    Faire chansons, dits et ballades,
    Chacun à son entendement,
    Car ma dame en son testament
    Prit à la mort, Dieu en ait l'âme,
    Et emporta mon sentiment
    Qui gît o elle sous la lame.

    Désormais est temps de moi taire,
    Car de dire suis-je lassé.
    Je veux laisser aux autres faire:
    Leur temps est; le mien est passé.
    Fortune a le forcier cassé
    Où j'épargnaie ma richesse
    Et le bien que j'ai amassé
    Au meilleur temps de ma jeunesse.

    Amour a gouverné mon sens:
    Si faute y a, Dieu me pardonne;
    Si j'ai bien fait, plus ne m'en sens,
    Cela ne me toult ni me donne,
    Car au trépas de la très-bonne
    Tout mon bienfait se trépassa.
    La mort m'assit illec la borne
    Qu'oncques plus mon coeur ne passa."

    En ce penser et en ce soin
    Chevauchai toute matinée,
    Tant que je ne fus guère loin
    Du lieu où était la dinée;
    Et quand j'eus ma voie finée
    Et que je cuidai héberger,
    J'ouis par droite destinée
    Les ménétriers en un verger.


    Si me retrahis volontiers
    En un lieu tout coi et privé,
    Mais quand mes bons amis entiers
    Surent que je fus arrivé,
    Ils vinrent. Tant ont étrivé,
    Moitié force, moitié requête,
    Que je n'ai oncques esquivé
    Qu'ils ne me mènent à la fête.


    À l'entrer fus bien recueilli
    Des dames et des demoiselles,
    Et de celles bien accueilli
    Qui toutes sont bonnes et belles;
    Et de la courtoisie d'elles
    Me tinrent illec tout le jour
    En plaisant paroles nouvelles
    Et en très-gracieux séjour.


    Dîner fut prêt et tables mises.
    Les dames à table s'assirent
    Et quand elles furent assises,
    Les plus gracieux les servirent.
    Tels y eut qui à ce jour virent
    En la compagnie liens
    Leurs juges, dont semblant ne firent,
    Qui les tiennent en leurs liens.

    Un entre les autres y vis,
    Qui souvent allait et venait,
    Et pensais comme homme ravi
    Et guère de bruit ne menait.
    Son semblant fort contretenait;
    Mais Désir passait la raison,
    Qui souvent son regard menait
    Tel fois qu'il n'était pas saison.


    De faire chère s'efforçait
    Et menait une joie feinte,
    Et à chanter son coeur forçait
    Non pas pour plaisir mais pour crainte,
    Car toujours un relais de plainte
    S'enlaçait au son de sa voix;
    Et revenait à son atteinte
    Comme l'oisel au chant du bois.

    Des autres y eut pleine salle,
    Mais celui trop bien me semblait
    Ennuyé, maigre, blême et pâle,
    Et la parole lui tremblait.
    Guères aux autres n'assemblait;
    Le noir portait et sans devise,
    Et trop bien homme ressemblait
    Qui n'a pas son coeur en franchise.

    De toutes festoyer feignait,
    Bien le fit et bien lui seyait;
    Mais à la fois le contraignait
    Amour qui son coeur hardoyait
    Pour sa maîtresse qu'il voyait,
    Que je choisis lors clairement
    À son regard qu'il assoyait
    Sur elle si piteusement.

    Assez sa face détournait
    Pour regarder en autres lieux,
    Mais au travers l'oeil retournait
    Au lieu qui lui plaisait le mieux.
    J'aperçus le trait de ses yeux,
    Tout empenné d'humbles requêtes;
    Si dis à part moi: "Si m'aid' Dieux,
    Autel fumes comme vous êtes".

    À la fois à part se tirait
    Pour raffermir sa contenance,
    Et très-tendrement soupirait
    Par douloureuse souvenance.
    Puis reprenait son ordonnance
    Et venait pour servir les mets,
    Mais à bien juger sa semblance,
    C'était un piteux entremets.


    Après dîner on s'avança
    De danser, chacun et chacune,
    Et le triste amoureux dansa
    Adès o l'autre, adès o l'une.
    À toutes fit chère commune,
    O chacune à son tour allait;
    Mais toujours retournait à une
    Dont sur toutes plus lui chalait.


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